Chaos devant le tribunal constitutionnel, Tusk accusé de faire un coup d’État : la Pologne en crise politique

Par Jeanne Durieux avec AFP

Publié le 31/10/2026 à 10h43,

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Crise politique en Pologne : des tensions autour du Tribunal constitutionnel

La crise politique sévit en Pologne alors que l’actuel gouvernement centriste piloté par Donald Tusk souhaite le départ des juges du Tribunal constitutionnel. Nommés par le précédent gouvernement nationaliste, ils ne sont reconnus ni par l’UE ni par le premier ministre polonais.

Le président polonais Karol Nawrocki doit recevoir samedi les représentants des partis de la majorité et de l'opposition pour tenter de trouver une issue à la crise politique et institutionnelle, qui a pris un tour dramatique la veille avec l'intervention de la police au Tribunal constitutionnel à Varsovie.

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«En raison de la menace qui pèse sur la sécurité intérieure de la République de Pologne, je convoque aujourd'hui des consultations urgentes avec la participation de représentants des forces parlementaires», a déclaré Karol Nawrocki dans un communiqué lu tôt samedi matin devant le Tribunal constitutionnel par son chef de cabinet, Pawel Szefernaker.

Tusk avait promis de résoudre la crise

Jugé trop dépendant du pouvoir politique par l'Union européenne, le Tribunal constitutionnel a été au cœur d'un bras de fer entre Bruxelles et les nationalistes du PiS (Droit et Justice) pendant leurs mandats (2015-2023). Dès 2015, le gouvernement du PiS y avait nommé des juges ouvertement engagés politiquement, que ni l'Union européenne ni l'actuel chef du gouvernement Donald Tusk (centre droit) ne reconnaissent. Depuis son retour au pouvoir en 2023, Donald Tusk, ancien président du Conseil européen, a promis de résoudre la crise. Sans succès jusqu'ici, puisque les nominations de son gouvernement et de la Diète (chambre basse du Parlement) au Tribunal n'ont pas été entérinées par le chef de l'État, qui y fait obstacle.

Après un énième blocage - l’impossibilité de voter le budget du tribunal -, les événements se sont brusquement accélérés vendredi. Le Tribunal constitutionnel de Varsovie a été assiégé par de nombreux soutiens du parti national-conservateur Droit et justice (PiS). La police antiémeute a investi le site du tribunal pour en bloquer l’accès. Les manifestants ont forcé les grilles sans toutefois pouvoir avancer face aux forces de l’ordre. Le ministre de la Justice - également procureur général - a demandé la levée de l’immunité de son président nommé par le PiS et une juge nouvellement nommée par la majorité a annoncé assurer l’intérim.

La police assure la sécurité lors d’une manifestation devant les locaux du Tribunal constitutionnel polonais à Varsovie, Pologne, le 30 octobre 2026. Slawomir Kaminski/Agencja Wyborc / REUTERS

«Rétablir l'État de droit est notre devoir», a justifié Donald Tusk. «Après des années d'illégalité sous le PiS, c'est un processus difficile, parfois douloureux, qui exige une action résolue. Il n'y a pas d'autre voie». Le président de la République, le nationaliste Karol Nawrocki, se trouvait à bord d’un avion à destination du Sénégal où il devait assister à l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ). Il a aussitôt fait demi-tour et s'est rendu au tribunal dans la soirée. L'ancien boxeur est parvenu non sans peine à y pénétrer, accusé d'avoir bousculé des juges qui tentaient de l'en empêcher, selon des images de télévision. Il en est reparti tard dans la nuit de vendredi à samedi.

Un coup d'État

Des sympathisants du PiS manifestent depuis plusieurs semaines devant le Tribunal constitutionnel pour en soutenir les juges nommés par la droite nationaliste quand elle gouvernait encore. «C'est un coup d'État du premier ministre Donald Tusk (...). Il foule aux pieds nos droits constitutionnels», a fustigé auprès d'un journaliste de l'AFP l'un de ces manifestants, Tomasz Zaleski. Vendredi après l'intervention de la police, le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, et d'autres responsables de la droite et de l'extrême droite les ont rejoints. Ils étaient toujours plusieurs dizaines samedi matin, rassemblés sous la pluie, a constaté un photographe de l'AFP.

Quant à la gouvernance du Tribunal constitutionnel, la confusion restait totale au terme d'une nuit agitée: l'une des juges nommés par l'actuel gouvernement, Anna Korwin-Piotrowska, a annoncé la suspension de ses fonctions du président controversé du tribunal, Bogdan Swieczkowski, et indiqué assurer l'intérim. Mais ce dernier a le soutien de l'opposition et du président et affirme de son côté rester en fonction. Le chef de cabinet du chef de l'État a accusé Donald Tusk samedi de «provoquer une crise de l'État» et de «mettre en péril la sécurité polonaise».

Les ambassadeurs de Pologne en Chine et en Roumanie, proches des nationalistes, ont annoncé leur démission. Le président Nawrocki refuse d'entériner depuis son élection en juin 2025 la nomination par le gouvernement de dizaines de diplomates. L'ambassadeur des États-Unis à Varsovie, Tom Rose, a déploré sur son compte X «une confrontation sans précédent» sur «l'indépendance et l'autorité d'une institution constitutionnelle».

Il a appelé toutes les parties «à s'abstenir de toute action susceptible d'engendrer de la violence» dans un pays «ami et allié», membre de l'Otan et dont la stabilité est cruciale pour le soutien des Occidentaux à Kiev. Frontalière de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine, la Pologne est l'un des premiers soutiens de l'Ukraine et le point d'entrée essentiel de l'aide humanitaire et militaire depuis l'invasion à grande échelle du pays par la Russie en 2022.

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